L'histoire de Papounet (1)

12 avril

 Tu te souviens quand j'avais bad-tripé en direct de mon blog rapport à ma mère qui est un peu un concentré de tout ce qui ne va pas chez moi ? Mais siiiiiiii, rappelle-toi, tu as vraiment une mémoire de poisson rouge quand tu t'y mets !
 
Bref, tu te souviens qu'avec me mère c'est pas facile-facile. Je veux dire les fois où on se voit.
Ce qui n'arrive pas souvent-souvent...
Figure-toi que j'ai aussi un père... Naaaaan ? Siiiiiiii !
 
C'est un personnage le papounet, bourru, (trop) silencieux, bourru, bougon, j'ai dit qu'il était bourru ? Pas très sociable, pas très à la mode. L'anti-thèse de son ex, alias ma mère. Je ne veux pas tomber dans la mièvrerie, je te dirai juste que Papounet m'a appris à dire "je t'aime". Je refuse de tomber dans le travers de "mon père ce héros". Je te dirai juste que mon père, il déchire sa race et qu'il est meilleur que le tien.
Rendons un vibrant hommage au père de Nanette, j'ai nommé : Papounet !
 
L'histoire de Papounet
 
Copie-de-PhotoFerrand.jpgPapounet est né en l'an de grâce 1940, d'un père blanc comme un cul d'origine métropolitaine installé en Guadeloupe (un béké), et d'une mère noire (alias ma grand-mère, qui déchirait sa méga-race, Dieu ai son âme).
Le papa de Papounet était blanc, grand et pété de thunes. Sa maman était noire, petite et fauchée comme les blés.
Ils s'aimèrent quand même, du coup les parents du père de Papounet (tu suis toujours là ?) qui refusaient une noireaude comme bru (si tu ne connais pas le sens de ce mot, passe ton chemin, j'adooooore le vieux français), le mirent à la porte.
Dès lors, ils vécurent comme des noirs de l'époque, comme des pauvres. Ils élevèrent 9 enfants, dont deux moururent à 8 et 13 ans. Leur dernier fils fut Papounet.
 
Papounet était très très clair de peau et assez beau garçon, deux qualités très prisées dans son village. Il troussa les jupons de sa ville natale TOUTE entière (véridique).
Il ne parlait pas beaucoup, les filles tombaient raides et se laissaient culbuter dans les champs de cannes séduire facilement.
A 20 ans, Papounet partit pour la métropole en bateau (1 mois de trajet putain !) faire son service militaire au Kremlin-Bicêtre (c'est aujourd'hui un hôpital). Toute la famille pleura à chaudes larmes...qui sait quand le fils prodigue reviendrait de la lointaine métropole ?
Il revint 10 mois plus tard, tout pâlot et plus séducteur que jamais... A 38 ans, il décida de s'assagir et troussa une dernière minette de 18 ans sa cadette.
Papounet était fécond, la minette aussi. Nanny fut conçue et ils durent se marier très vite.
 
Comme tous les Antillais de cette époque, Papounet (qui avait une formation de carreleur) nourrissait deux grandes ambitions : devenir fonctionnaire et partir vivre en Métropole. Devenir fonctionnaire en métropole étant le summum.
Sa soeur y était déjà installée et le pistonna... la CAF, patrie des allocs, tel était le destin de Papounet.
Il partit seul, son épouse le suivit peu après, enceinte jusqu'aux yeux.
On  remit à Papounet un plan de métro : "Station Dupleix, ligne 6, démerde-toi".
Manutentionnaire, agent de sécurité, agent des services techniques... Papounet se plut tout de suite à la CAF parisienne où son accent ensoleillé et son adaptation toute particulière du français fit des ravages. Sa simplicité et son absence de participation aux cancans et polémiques en firent un collègue très apprécié.
 
Nanny naquit en 1979, puis Nanette en 1982. Ces deux prénoms si semblables à celui de leur mère n'était pas du goût de Papounet. Nanny devait s'appeler Delphine, quant à Nanette qui vint au monde avec une "banane" sur la tête, il voulut l'appeler "Fonzie" (véridique) comme dans Happy Days. Refus catégorique de la mère des enfants.
Papounet avait deux filles désormais mais n'était pas du tout déçu.
Il savait déjà qu'il tuerait quiconque les toucherait. Chaque matin, comme le faisait sa mère à lui, il leur épluchait une orange chacune et préparait leur bol de lait.
Nanny était son portrait craché : longue et fine, timide et silencieuse. Nanette était le portrait de sa mère : rieuse, bavarde, espiègle, casse-cou. Il les aimait et le leur disait chaque jour. Chaque jour. Tous les jours.
Pour définir l'intensité de cet amour, il ouvrait grand les bras : je t'aime comme çaaaaaaaaa. Ses bras n'étaient jamais assez grands. Les fillettes ouvraient alors les leurs. Elles prirent conscience que les bras de leurs mères ne s'ouvraient que très rarement.
Papounet était maladroit et peu soigneux : s'il ne trouvait pas de culotte pour sa cadette, il lui enfilait celle de l'aînée. Nanette portait souvent une culotte nouée parce que trop grande ! C'était tout de même drôle de se faire habiller par papa.
Papounet était un adepte de la fessée... Il n'en faisait que très rarement usage, il lui suffisait d'un regard pour se faire obéir.
Papounet ne savait pas écrire une phrase sans faire une faute et peinait à s'exprimer correctement. En plus d'un gros accent twè twè ensoleillé, il avait quitté l'école très tôt, trop tôt.
Pourtant il suivait de près la scolarité de ses filles qui essuyaient des colères terribles en cas de mauvais bulletins. Il n'aimait pas les couvrir de cadeaux, mais chaque fois qu'elles demandaient un livre, il l'achetait. Elles ne seraient pas comme lui, qui ne pouvait remplir seul ses feuilles de Sécu.
 
Hélas, Papounet avait deux gros défauts : il était radin et volage.
Il aimait faire comprendre à sa femme que c'était lui qui faisait bouillir la marmite et qu'il était nécessaire d'éteindre la lumière si on s'absentait 5 minutes. Il fallait également débrancher le fer à repasser si elle allait aux toilettes.
Il aimait rentrer à 20 heures alors qu'il quittait le travail à 16. Il sentait très souvent le parfum féminin qu'il essayait de masquer à coup de crème Nivéa (le pot en métal bleu...).
Sa femme prit en grippe le premier défaut et chercha du travail.
Elle ne supporta pas le second défaut et demanda le divorce.
Et pourtant... Papounet aimait sa femme. Les autres ne comptaient pas et après tout, elle avait tout sa femme, pour être heureuse. Mais elles existaient.
 
Papounet et sa femme se disputèrent très fort sous les yeux de leurs filles de 5 et 8 ans. Souvent, il leur fallut prendre parti. Nanny trouvait refuge près de son père, Nanette refusait de laisser sa mère seule.
Papounet dut quitter ses filles après un passage chez le juge, le jour des 9 ans de sa cadette. Il en eut le coeur brisé. C'était bien la première fois qu'elles le voyaient pleurer.
Il n'y eut plus jamais d'orange épluchée le matin, ni de bol de lait. Il n'y eut plus jamais de repas à table en famille. Chacune dînait où elle pouvait.
Nanny s'occupait souvent de sa soeur, elle le fit plus souvent, leur maman souffrant de dépression. Elle apprit à lire à Nanette. Elle lui apprit tout ce qu'elle savait.
Très vite, elles surent qu'elles ne pourraient compter que sur leur père, pour tout. Sortie de la dépression, leur mère décida de vivre, de rattraper le temps perdu. Les filles apprirent très tôt à rester seule et à s'occuper d'elles.
 
Un week-end sur deux, elles pouvaient voir Papounet. Un week-end sur deux, elles sortaient de l'appartement.
Les week-end avec Papounet étaient toujours synonymes de pic-nics au parc et de grand air.
Chaque année, il les emmenait en vacances. Chaque année, il les emmenait
 
Quand elles grandirent, un fossé se creusa un peu. Papounet refusait de le voir, ses adolescentes restaient des fillettes...
 
Nanny eut un fiancé et ne vint plus que rarement en week-end. Nanette ne jurait que par son père. A 16 ans et demi, elle eut un amoureux elle aussi.
Un amoureux qu'elle cacha à Papounet parce qu'il ne pourrait pas comprendre.
Il avait souffert des années, en Guadeloupe, de n'être ni assez blanc, ni assez noir. Il avait souffert d'entendre les médisances sur ses parents qui ne se ressemblaient pas.
Alors il conseillait toujours à ses filles de fréquenter des garçons qui leur ressemble.
 
Or Nanette se laissa séduire par un fils de Ch'ti...
 
 
J'inaugure la rubrique "Souvenirs, souvenirs". Encore un petit billet impudique. Un peu écrit à la troisième personne aussi. C'est mon côté Alain Delon.
Je te rassure, j'ai plein de souvenirs poilants aussi !
 
La suite, très très vite !

P.S : sur la photo c'est mon Papa flouté, à l'armée. Je le charie tout le temps sur cette photo parce que 1/ il est trop trop beau 2/ on ne voit pas du tout qu'il est métissé 3/ on dirait un mec des séries B, qui part au Viet-Nam se battre pour la patrie
 
P.S : Mon père est trop beau.
 
 
 
 

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19 commentaires


  1. Quel chouette billet :-D
    C'est vrai qu'il est trop beau ton Papounet sur cette photo, presque aussi beau que mon papa (qui a le même age) ;-)


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    1. Bon... alors on partage la palme du plus beau papounet ;-)



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  2. Viiiiiiiiiite, la suite. T'es pas bien d'arrêter l'histoire comme ça ??? Ah tu sais bien nous faire revenir toi !!!
    Il est beau ton papounet, c'est vrai, mon mien il est du même âge mais déjà parti :(


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  3. Moi aussi j'attends la suite...


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    1. C'est pour demain Seigneur Vador ;-)



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  4. Ton billet est émouvant (je suis d'une sensibilité pathetique parfois ) et captivant . Du coup j'ai aussi lui celui sur ta mère. Y a un sacré talent chez toi Nanette. Dans ma tribu ce serait plutot
    schéma inverse ma mère est EXTRA-MEGA-FORMIDABLO-GENIALISSIME:je songe à la cloner ! Mon père §.?}* c'est peu dire.
    Par contre sur la photo de ton Papounet ça sute aux yeux qu'il est métisse (et beau mais bon heian !).


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    1. Merci ! Oh oui il était beau le papounet étant jeune ! Maintenant aussi, mais alors de plus en plus bourru !



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  5. J'ai toujours les larmes aux yeux quand je te lis (du rire ou de l'attendrissement).
    J'attends d'avoir un moment de grand calme pour passer et je rattrape mon retard parce que les billets de Nanette Delon (son côté Grognard, tu comprendras pourquoi demain ;-)), ils se
    dégustent.
    C'est très beau.


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    1. Merci (ah merde, j'ai pas le droit de le dire ça ! Je vais encore me prendre une amende !)



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  6. C'est fou comme Titi lui ressemble...


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  7. eopdipe ... quand tu nous tiens ... trop belle ton histoire !


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  8. Bel hommage à ton papounet, j'attends la suite aussi


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  9. ouech Fonzie! c'est vrai qu'il est très beau ton daddy!


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  10. Whaou, Nanette, elle déchire l'histoire de Papounet. Merci de nous livrer tout ça, c'est trés personnel et c'est trés beau...


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    1. Merci as de trèfle ! En ce moment je rattrappe mon retard chez toi... C'est long, et mon boulot dans tout ça ?



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  11. Oh,10 commentaires ??
    Mais on dirait que la lectrice unique n'est plus seule sur ce blog ! tant mieux, c'est mérité !!
    Très jolie ton histoire en tout cas ! moi aussi, j'ai un père qui a culbuté tout le voisinage...et ça continue aujourd'hui à 61 ans !!Ah les hommes !!


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    1. Tu restes la lectrice unique de la première heure !


      Papounet est resté très dragueur aussi...mais alors qu'est-ce qu'elles lui trouvent ? Il râle TOUT LE TEMPS !



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