H & M (1)

27 juillet

 
 
le-cri.jpgEt non ! il ne sera pas question ici de bon plan modasse. H et M pour moi c'est bien plus que ça. C'est un endroit que j'ai connu il y a quatre ans et dans lequel je viens de remettre les pieds...
Avant même de commencer à écrire ce billet, je sais déjà que le sujet fera l'objet de deux billets, voire plus... Et avant de commencer ce billet, j'ai déjà la boule au ventre (nan j'suis pas enceinte !).
 
H & M c'est le petit nom affectueux que je donne à cette saloperie qu'on appelle Harcèlement Moral. Une saloperie sale et si vicieuse que rares sont les fois où tu arrives à le prouver.
Une saloperie qui te ronge tellement que finalement... tu te dis que c'est toi la fautive.
 
Mon premier voyage en H&M a eu lieu en 2006. J'ai intégré une étude notariale comme simple assistante avant de passer mon concours de clerc. Je bossais pour l'un des trois associés. Un homme charmant, très classe, la cinquantaine séduisante.
J'étais très stressée car je n'avais jamais bossé sur des successions et il ne me formait pas. Toutes mes collègues de l'époque me demandaient, durant ma période d'essai, si j'aimais mon poste. Je répondais oui et c'était vrai : les successions, c'est triste, certes, mais c'est passionnant.
Ce qu'elles ne me disaient pas c'est que Maître A*** avait écumé 7 assistantes avant moi. En un an.
 
Ça a commencé insidieusement. C'était un bon notaire au niveau du relationnel avec les clients, mais il était brouillon et désordonné. Parfois, je rédigeais un acte de vente alors que les clients étaient déjà dans la salle ! La gestion de son agenda relevait du challenge : il annulait pour n'importe quelle raison. La difficulté de mes tâches augmentaient avec le temps, le nombre aussi, mais j'étais là pour ça non ?
 
Il a commencé à me parler bizarrement pour me réprimander, calmement mais vicieusement et toujours en me vouvoyant.
J'attirais souvent son attention sur le fait que nous devrions être plus organisés, pour le bien des clients. C'était toujours ma faute.
 
- "Madame, si vous étiez moins dispersée, ça marcherait très bien ! Dans mon bureau et tout de suite !"
 
J'allais dans son bureau et il me dictait mes tâches. Quand le téléphone sonnait, je n'avais pas le droit de bouger. Je restais donc à l'écouter pendant une heure, se balançant sur sa chaise en rigolant au téléphone avec un de ses confrères.
 
Souvent je pleurais dans mon bureau. Quand il sentait qu'il était allé trop loin, il revenait de déjeuner avec un agenda neuf pour moi, ou une carte de fidélité remplie de son restaurant favori (=un repas gratuit).
Avec le recul, il me rappelle J. R Ewing : il ne crie jamais mais il a un vice peu commun.
 
La première fois que j'ai rouspété, j'ai eu le droit de changer de bureau : un cagibi vitré et minuscule. Mais le lendemain, mon patron m'annonçait tout sourire qu'au vu de mon excellent travail, il validait ma période d'essai.
Le fait d'être en retard dans tout (il me donnait les dossiers tardivement, ce qui m'obligeait à faire des heures supplémentaires non seulement pour être à jour, mais aussi pour que les clients soient satisfaits), a augmenté mon stress : crises de larmes, d'angoisse...
L'enfer a duré, duré, duré... Je me suis sentie prise au piège parce qu'on venait de signer la promesse de vente de l'appartement... et pour la vente, nous dépendions un peu du bon vouloir de mon chef, qui pouvait (ou pas) nous faire grâce des frais de notaire (la partie émoluments).
 
Autour de moi, j'entendais : "Mets de l'eau dans ton vin ! C'est ça le monde du travail, c'est pas rose tous les jours ! Et avec tous les avantages de la profession, tu vas pas démissionner !" ou encore "C'est dans ta tête !"
 
Les relations avec Maître A*** se sont tendues. Il me faisait remontrances sur remontrances et me donnait de mauvaises directives. Les actes étaient faux et donc refusés par le bureau des hypothèques (= le centre des impôts pour tout ce qui est successions, ventes etc...). J'ai demandé à être reçue par l'un des associés : refus catégorique !
Je ne savais plus quoi faire, surtout que ça virait presque à l'insulte. Toutes mes collègues m'ont regardé me noyer...
 
Jusqu'au jour où ma seule vue a insupporté Maître A****. Alors il m'a accablée de travail, toujours en me rabaissant le plus possible. Il me menaçait constamment de "m'envoyer un courrier".  Du coup je faisais des erreurs et je me faisais réprimander par les autres associés...
Et un jour, il est arrivé le matin avec une liste de choses à faire. Je m'en souviens comme si c'était hier : une préparation d'inventaire dans une succession, trois ventes à rédiger, une déclaration de succession, 4 rendez-vous avec des clients pour ouvrir leur dossier, des prises de rendez-vous pour l'inventaire.
Il savait pertinemment que je n'arriverais pas à tout faire. Ces prises de rendez-vous pouvaient facilement me prendre une demi-journée tant il est difficile d'accorder les agendas des notaires, commissaires priseur et héritiers.
 
Quand il est rentré de son rendez-vous, il a pris sa liste et m'a demandé si tout était fait. Quand j'ai répondu que non, que j'avais privilégié les rendez-vous des clients et la préparation des actes de vente, il juste répondu "Très bien vous l'aurez voulu !"
 
En passant devant son bureau, je l'ai vu en train de taper sur son clavier comme un forcené. J'ai tout de suite su qu'il me rédigeait un courrier d'avertissement.
J'ai fait une grosse crise d'angoisse, les pompiers ont dû intervenir. Quand ils m'ont questionnée sur ma famille, mon adresse, j'avais... oublié. Je disais un mot pour l'autre.
Mes collègues m'ont dit plus tard qu'il avait tout fait pour intercepter le recommandé qu'il m'a envoyé...
 
A l'hôpital, Monsieur s'est effondré en me voyant. Il s'en est voulu de ne pas m'avoir prise au sérieux, de n'avoir pas réagi.
J'ai été arrêté un mois et demi pour dépression, je ne sortais que pour emmener le Haricot à l'école. J'avais la tête comme dans du coton avec les médicaments. Le surlendemain, j'ai reçu mon avertissement. J'ai consulté un avocat qui m'a conseillé de le contester tout de suite.
 
En reprenant le travail ma décision était prise : je voulais démissionner dès que je trouverai quelque chose. Autre décision : finies les heures supp'. Pendant des semaines, j'ai fait 7h00 par jour, ni plus ni moins, pointeuse à l'appui.
Il enrageait quand il déboulait dans mon bureau en fin de journée...
 
J'ai fini par démissionner et s'en est suivie une longue période de galère professionnelle et financière... ne longue période de culpabilité à me dire que j'étais sûrement la fautive, à me dire que ma famille était financièrement en danger à cause de moi... Une longue période à faire le ménage TOUS LES JOURS pour me sentir moins coupable d'être inactive...
 
J'en suis sortie. Et quatre ans après, retour en H&M...

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22 commentaires


  1. C'est la branche qui est particulièrement dure ?


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    1. C'est une branche effectivement passionnante mais dure. Il y a beaucoup de dépression dans la profession et c'était de pire en pire quand je l'ai quittée à cause de la crise et de la chute
      des ventes...



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  2. Même question que LMJ, c'est a force de voir des textes formatés qu'ils en oublie d'être humain ?


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    1. Il avait et il a toujours un sérieux problème relationnel... Aujourd'hui encore il écume les assistantes, sans que ses associés lèvent le petit doigt !



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  3. C'est moche tout ça ! Y'a vraiement des gens qui sont névrosés au point de faire souffrir les autres. Comme tu le dis si bien, tout est très subjectif et difficile à prouver. Je m'apprête à changer
    de boulot, interview jeudi :-), on sait d'où l'on vient mais on ne sait jamais où l'on tombera. c'est le risque. J'attends la suite !


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    1. Je croise les doigts pour toi zazou !!



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  4. ah mais c'est la seconde fois ? ben dis donc, ça doit pas être simple psychologiquement parlant. Je ne peux pas comprendre ce truc de devoir harceler quelqu'un pour se sentir puissant. Il faut
    qu'ils se fassent soigner, ces gens, ils sont malades.


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    1. Le pire c'est qu'ils te font perdre confiance en toi et en tes capacités !



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  5. Préserves toi ! C'est le plus important !! Si tu en as l'envie et l'énergie bas toi !! Quelle que soit ton choix la "ligue" te soutien ! Pis Oh hein bientôt ton DDay et ça c'est que du bonheur !


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  6. alala, ça me fait mal à mon petit coeur. Savoir que cet homme a fait souffrir autant de personnes et que personne ne l'arrête...
    Et savoir que tu dois toi-même revivre l'enfer que tu as déjà vécu... Sauf que tu as une force maintenant: tu as le recul de ta première "expérience". ça peut peut-être t'aider à relativiser ce
    deuxième "H&M" et te rappeler quelles sont tes priorités (famille, bien-être personnel ...). Je crois en toi!


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    1. Merci wiwifan ! Demain, mon billet sera plus "léger", la suite arrive jeudi !



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  7. pas simple effectivement ... je vis a peu près la même chose mais je n'appelle pas ca de la même façon.
    et pour cause, c'est pas du tout la même chose !!! CQFD
    Je ne suis pas harcelée par mon patron mais j'ai tout comme toi mille dossiers a gérer par jour (pour exemple, mon patron par en congés ce soir, j'ai recu pas moins de 20 mails hier rien que des
    taches compliquées et longues alors que je pars moi même en congés a semaine prochaine !)... souvent, je stress grave et bien sur les heures s'accumulent ...
    Mais dans mon cas, pas de pb relationnel avec mon patron, juste un poste a responsabilité ... Et forcement, le boulot et le stress qui va avec ...
    je te souhaite beauocup de courage et n'oublis pas l'essentiel, la famille !
    L'argent, ca va ca vient ! ce qui compte, c'est d'etre avec ses proches


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    1. J'imagine ce que c'est ! Quand le relationnel est bon, ça aide. Tu te dis que c'est ton poste qui veut ça...


      Vivement tes vacances qui, j'espère seront bonnes !



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  8. j'ai vécu le H et M en 2005 pendant 13 mois...c'est long 13 mois sous anti dépresseurs et avec l'envie de se foutre en l'air tout le temps !
    ma chance est venue d'une de mes collègues qui avait remarqué le manège du patron...en fait, il avait toutes les femmes dans le "nez".
    3 anciens employés + ma chef ont fait un courrier à la DRH pour se plaindre de ce monsieur et l'une des lettres mentionnait que j'étais la "nouvelle victime" et que j'étais en train de sombrer dans
    l'indifférence générale.
    J'ai été convoquée 24 heures après par la DRH...je n'ai rien dit car j'étais persuadée que le problème venait de moi.
    Le patron a été "déplacé" (=viré en loucedé) et j'ai changé de poste dans une autre unité.
    On m'a proposé de reprendre mes fonctions,j'ai préféré une mutation.
    Mes objectifs annuels m'ont été versés à 100% cette année(alors que je n'avais mené aucun projet au bout !) et validés par mon propre harceleur !

    Mon mari m'a dit "c'est le prix du silence"...

    Aujourd'hui, je suis bien mais je sais que ce mal rode toujours et que je ne suis pas vaccinée contre un nouveau voyage au H et M !!
    Je te souhaite plein de courage en tout cas dans cette épreuve !


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    1. 13 mois... tu as dû vivre un enfer...



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  9. J'ai aussi véu H&M. Comme toi personne, ni ma famille ni mon mari ne me prennaient au sérieux. c'est un jour quand mon patron m'a appelé à la maison que mon mari a écouté la conversation qu'il
    a compris.
    Pour moi c'était en expertise comptable....


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    1. Personne ne comprend au début... Mon patron de l'époque était un homme charmant... mais en coulisse, c'était terrible !



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  10. Je n'arrive pas à comprendre comment on peut être aussi "mauvais", aussi "méchant", aussi hypocrite ....
    Courage Nanette !!


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  11. Juste pour te dire que personne ne mérite ça, et que je pense bien fort à toi. Tiens bon, le temps de trouver autre chose. Et pense à ton mariage pour faire diversion!


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  12. Avant toute chose, il faut que tu sois totalement convaincue que tu es la victime et non à l'origine de tels comportements!!
    Le harcèlement moral est extrêmement difficile à prouver c'est pourquoi l'on parle souvent de maltraitance au travail..
    Bon, je vais être trop longue là , je passe en MP et te fais d'ENORMES bisous!!


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  13. Tu me files les larmes aux yeux, Nanette, là. J'ai vécu ce harcèlement aussi, mais pas de mon patron : de mon ex mari. Inutile d'entrer dans les détails, mais dix ans à ce train là, tu es démolie.
    La violence physique au départ, puis toute la panoplie des autres violences qu'un homme détraqué peut imaginer. Un conseil de lecture : le livre de Marie-France Irigoyen "le harcèlement moral"
    (titre de mémoire), qui traite de toutes les formes de harcèlement moral et te convainc que c'est pas toi, la fautive. Il m'a sauvée, ce livre, et je me suis sauvée. Tu as vu que c'est dorénavant
    un délit puni asséez sévèrement ? Reste à pouvoir le prouver. Merci pour ton post, qui met la lumière sur une situation qui n'a rien de rare, mais qu'on ne peut comprendre que si on l'a vécue. Des
    bises.


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  14. je ne sais trop quoi dire en fait c'est émouvant flippant enrvant de lire ca... comment un con pareil peut se sentir supérieur et abuser de quelqu'un d'autre...je suis en colère en fait..mais
    j'aurais réagi comme toi...


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