La naissance de Bébé Tanguy

19 janvier

Celui que nous nommerons ici Bébé Tanguy (né un jour de Saint Tanguy et accroché à mon ventre jusqu'au terme, ça ne s'invente pas !) a 2 mois aujourd'hui. Il était grand temps que je respecte enfin la tradition du récit de naissance. Le voyage de Tanguy a commencé le 18 novembre vers 18 heures, deux jours avant terme...

C'est un dimanche, la Boubou n'est pas encore rentrée de week-end et le Grand se prépare à prendre son train pour regagner sa prépa. Au moment de lui faire la bise, je suis prise d'une grosse contraction. Comme d'habitude depuis plusieurs semaines, je prends ça à la rigolade : j'ai déjà eu une fausse alerte quelques jours avant et les contractions, j'en ai depuis longtemps, plus ou moins fortes ou douloureuses sans que le travail ne démarre. D'ailleurs, demain c'est lundi et on doit appeler l'hôpital pour mettre en place le suivi post-terme.
Le Grand quitte la maison en me disant en rigolant "c'est quand je pars que tu vas accoucher !". Jusqu'à 21 heures les contractions durent, se rapprochent et s'intensifient mais je refuse de partir pour l'hôpital, j'ai trop peur d'être déçue. Comprenez-moi, ça faisait des semaines que je n'en pouvais plus de cette grossesse : le régime diabète, le mal de dos, la fatigue, les insomnies... Mon ventre prend une forme bizarre, comme si le bébé s'était déplacé d'un côté.

Mon ventre est clairement de droite
Vers 22h30 je vais me coucher en me disant que j'ai eu raison de ne pas écouter Chéri-Chéri : les contractions se font irrégulières. J'arrive à dormir jusqu'à 1h du matin, en minutant quand même mes contractions qui. Une contraction me réveille mais surtout une grosse envie de faire pipi (comme chaque nuit...). Je me lève avec le ventre plus lourd que d'habitude et sur le seuil de ma chambre, je perds quelques gouttes de liquide rosé. Chéri-Chéri n'a rien vu mais se lève comme s'il avait un pressentiment et à peu de choses près me dit d'arrêter les conneries, on part et maintenant !
Le temps d'aller prévenir notre voisin (devenu notre ami) qui doit venir garder les filles jusqu'à ce que mes beaux-parents arrivent, il se passe quelques minutes et les contractions me font bien mal.
Je descends les escaliers avec la peur d'accoucher à la maison et je vais m'asseoir directement dans la voiture. 
La route se passe bien, mais chaque soubresaut me fait mal. Chéri-Chéri a gagné en expérience depuis la naissance de Petite Fleur : il ne grille aucun feu rouge alors qu'il les avait tous grillés en février 2017 (il était 4h du matin et il n'y avait pas un chat, je précise. Et je criais pas mal de douleur, je le précise aussi. Ah, et c'était un primipare hein).

A l'hôpital, on m'installe dans une salle de pré-travail et j'envoie une flopée de SMS pendant que j'en ai encore le courage, mes intimes savent donc que je suis en mode accouchement. La sage-femme, étudiante, n'arrive pas à mesurer la dilatation à cause de mon col, ce relou, qui est très en arrière. Ça devient désagréable - elle a oublié ses clefs dans mon vagin ou bien ? - elle s'en excuse mais je la laisse faire et je ne manifeste pas grand chose à part des grimaces. 

Interlude explicatif : Je mets TOUJOURS les étudiants (sage-femme, médecin, infirmiers...) en confiance et je dis toujours oui quand on me demande si j'accepte d'être examinée par un étudiant (même pour mes fausses couches). Non pas que j'aime qu'on se fasse la main sur moi, mais je me dis que si personne ne dit oui, elle est où la formation ? Donc, mon étudiante sage-femme a pu découvrir qu'il existe des cols très relous qu'il est difficile d'examiner et elle était contente (oui oui) et moi aussi. Mon col et moi sommes au service des Français, sachez-le. Fin de l'interlude.

Je suis à 4 centimètres, il est 1h30 et on nous emmène en salle de naissance et on me propose la péridurale. Si tu n'as jamais lu mon ancien blog, tu ne le sais peut-être pas mais la péridurale je n'en ai jamais voulu. Je l'explique à la sage-femme qui est étonnée que je l'ai fait 4 fois et qui flatte mon "courage". En fait il n'y a aucun courage, c'est juste que je préfère avoir mal que me faire transpercer le dos par une aiguille (j'ai vécu une ponction lombaire traumatisante, du coup c'est no way les piquouses dans le dos). Ça n'est pas la même salle que pour Petite Fleur, pas de baignoire (et tant mieux parce que j'ai idéalisé très longtemps cet équipement et je n'y étais pas bien du tout pour Petite Fleur).  On me balance encore la litanie du "ça va aller très vite c'est un quatrième !". Et je prends donc le temps de raconter entre deux contractions que mon accouchement le plus long a été le troisième. 
Chéri-Chéri (dont le surnom est le Blond) prend les choses en main. Mon mec est le meilleur élève de la sage-femme, il a tout appris par cœur : souffler pendant la contraction sans se raidir, prendre chaque contraction comme une vague, pousser en expirant (et pas en bloquant !) quand il faut. Il me coache donc très bien pendant qu'on me pose le monitoring. Je demande tout de suite quand je serai débarrassée du monito pour pouvoir me lever. Je veux marcher pour aider mon bébé à descendre. On me répond 20 minutes le temps de vérifier que Bébé se porte bien et supporte bien le travail.

Je peux enfin me lever. Nous marchons doucement tous les deux dans les couloirs, en essayant de ne pas réveiller les sage-femmes qui dorment dans le poste de garde. J'ai très mal, vraiment très mal mais je gère. Ça se passe comme je veux, quasiment comme la dernière fois. J'écoute mon corps, je chante ou je pousse des "ouuuuuuuuuh" très longs quand ça fait trop mal. 
Nous marchons et nous marchons encore. Je m'agrippe à mon amour quand c'est insoutenable pour lui donner un peu de la contraction. Parfois ça marche...et parfois non.
Au bout d'une heure, je n'ai plus envie de marcher, mon corps me dit de retourner en salle de naissance. On me réexamine, 6 centimètres. J'ai peur que le travail stagne.

Chéri-Chéri m'aide à faire un peu de ballon, nous refaisons tous nos exercices habituels mais très peu de temps. Quelque chose se passe dans mon corps et il faut que je m'allonge. Je n'arrive pas à trouver de position confortable sur le lit d'accouchement et je souffre de plus en plus. Ou plutôt, j'ai de plus en plus mal (faire la différence entre souffrance et douleur fait partie de la préparation avec ma sage-femme et ça m'aide).
A un moment donné je demande à Chéri-Chéri de me dire quoi faire. Enfin je ne demande pas, je crie "Mais dis-moi quoi faire !!!!" Exactement comme lors de la naissance de notre fille. Il me dit de respirer, de bien respirer. Il m'énerve et deux minutes plus tard je le trouve merveilleux de m'aider comme ça. Mais il m'énerve, il est zen et je voudrais qu'il s'inquiète un peu. Et puis après je le trouve inquiet. Donc ça m'inquiète. Je l'aime, mais il m'énerve.

Interlude explicatif : Chéri-Chéri est surnommé le Blond (il faudra que j'en fasse un billet) et ça n'est pas pour rien. Il a des ressemblances avec le Blond du sketch de Gad ElMaleh. Il fait tout de manière très carrée : organisation des vacances, trajet optimisé pour partir en week-end, études de marché sur les équipements de puériculture, choix de siège auto en mode Sécurange, prise de notes des cours de respiration de la sage-femme...
C'est merveilleux et très agaçant quand on accouche. Parce que les sage-femmes le trouvent super. surtout quand il dit "pousse sur l'expire ma Beauté, c'est bien. Reprends de l'air, c'est super !". Alors que bon hein, c'est moi qui fait le taf quand même. Fin de l'interlude.


Le Blond ❤
Nous continuons à gérer ensemble, la sage-femme entre de temps en temps voir si tout va bien, et surveiller une ou deux fois la dilatation. Je suis allongée sur le côté, je suis bien comme ça. Je supporte mieux les contractions. Je repense à la naissance de ma Boubou sept ans plus tôt, sur le côté aussi.
Je sens le bébé qui descend dans mon bassin, et je sens que ça pousse. J'envoie mon Amoureux chercher de l'aide, j'ai peur. Vite, vite, vite. Je sens que je vais accoucher seule. La douleur me rend irrationnelle, je n'arrive plus à chanter pour me concentrer, je n'arrive plus à rien.
La sage-femme arrive et m'examine. Elle m'annonce que non, je ne vais pas accoucher dans la minute. Je ne suis qu'à 7/8 centimètres, il reste du col et le bébé est encore un peu haut. J'en ai sans doute pour encore une bonne heure avant la poussée. Je n'ai toujours pas perdu les eaux. J'ai mal, mal, mal.
Elle nous laisse à nouveau seuls et j'apprécie tout en ayant peur. On reste encore tous les deux, à gérer quelques contractions. C'est insupportable, je ne sais pas vraiment comment le décrire. J'ai l'impression que mon corps ne m'obéit plus et c'est vraiment ça qui se passe : mon fils descend, mon corps l'aide tant qu'il peut mais je ne suis plus maîtresse de rien. La sage-femme me propose un masque avec du gaz pour me soulager un peu. J'ai peur et je demande si ça va droguer mon bébé mais non. Ça ne me soulage pas mais ça m'aide à me concentrer sur ma respiration.

Il s'est passé moins de dix minutes je pense quand je ressens encore l'envie de pousser, violente l'envie. J'envoie à nouveau Chéri-Chéri. Vite, vite, vite. Je me fais encore plus pressante et il sent que c'est maintenant.
La sage-femme qu'il trouve dans le couloir n'est pas celle qui s'occupe de nous depuis notre arrivée. Tant pis. Elle me dit qu'elle s'appelle Hélène, elle porte des lunettes. Elle me caresse une jambe avant de mettre ses gants et elle sourit. Je lui réponds que je ne vais pas y arriver, c'est sûr je ne vais pas y arriver. Elle m'assure que si et je sais qu'elle a raison mais là, mon cerveau est débranché et en détresse. Elle m'examine et je perds les eaux.
Je n'en ai pas pour une heure en fait, je vais accoucher. Tout va très vite, il faut faire vite. Elle est seule avec nous et ne peut pas me laisser parce que le bébé arrive. Je suis tétanisée par la douleur, toujours sur le côté. Je la presse, vite, vite il arrive, je sens qu'il arrive.
Elle est concentrée mais pas paniquée alors que dans cet hôpital elles ne sont jamais seules en salle de naissance, toujours accompagnée d'une étudiante et d'une auxiliaire de puériculture. Elle n'envoie pas Chéri-Chéri chercher de l'aide parce que, je le saurai plus tard, elle ne veut pas que je sois seule.
Elle me demande si je veux rester comme ça, sur le côté. Oui, c'est ce que je veux.

Il est temps de pousser. Je regarde par la fenêtre et je vois quelque chose. Une vision d'un ami qui me sourit et me dit que c'est maintenant. Je le vois deux fois, c'est flippant.
Je prends de l'air et je pousse en expirant, mon amoureux me tient la main et m'encourage. Je me répète comme un mantra de pousser sur l'expire. J'appelle mon bébé par son prénom, je dis qu'on va y arriver.
Je pousse, je pousse. Je ne sais pas combien de fois je pousse. C'est puissant et animal. Les contractions cessent de me faire mal. L'autre sensation désagréable commence, l'impression que "ça" ne passera jamais, que ça va craquer.
Encore une fois. Je pousse et le petit sort de moi, avec ce qui reste de liquide amniotique et il y en beaucoup. Avant même de voir mon bébé, c'est la sensation furtive d'avoir les fesses dans l'eau qui me passe dans la tête ! Il est 4h57, l'horloge est en face de moi et je le dis tout haut "il est né à 4h57".
Et il est là. Je le vois tout petit alors qu'on m'annonçait un gros bébé. La sage-femme le pose sur ma poitrine. Je pleure et je le caresse, Chéri-Chéri le caresse aussi. Il a poussé un unique petit cri de chat, comme son frère et ses sœurs puis plus rien. Il a les yeux grands ouverts et me regarde. On lui met un petit bonnet. Il est tout blanc, tout rose. Il a de bonnes joues et des ongles très très longs.
Je l'embrasse, je l'appelle par son prénom, je l'embrasse.
Comme nous le voulions, c'est moi qui coupe le cordon ombilical. Je ne vois presque pas ce que je fais et je coupe. Je m'y prends à deux reprises et c'est fait, nous ne sommes plus reliés.
Je regarde mon chéri, on a réussi tous les deux pour la seconde fois ensemble, à mettre au monde un bébé. C'est sans doute la dernière fois. Je regarde Bébé Tanguy, il est tellement beau, sa petite bouille si ronde. Il sent bon le nouveau-né, cette odeur de pâte à gâteau qui m'avait saisie chez Petite Fleur.
Mon deuxième garçon est né le lundi 19 novembre à 4h57, il est tout contre moi, la main dans celle de son père...

Mon "tout petit bébé" pèse 4,082 kg et mesure 51 centimètres. Je ne voulais pas de gros bébé, je l'ai répété tant de fois quand j'étais enceinte... Comme on est bête quand on en a marre. Bébé Tanguy est parfait. Nous sommes heureux et soulagés. Le bonheur.

Après les choses se sont corsées. Mais je vous raconterai ça plus tard...

On n'est pas bien là ?

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2 commentaires

  1. Félicitations Nanette 💓
    Quel beau bebe...
    Tes écrits me manquent toujours autant. Reviens vite 😉

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  2. Joli récit de ce beau moment !
    Tes interludes gros kiffe (je fais comme toi pour les étudiants...coiffeur/santé toussa). Quand au "blond" de Gad je meurs (le blond au ski est mon préféré)
    Bien la bise

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