Juste après la naissance...

17 avril

Dans l'épisode précédent, Bébé Tanguy est né et tout était vraiment parfait. Rien dans son état de santé ni dans le mien ne nécessitait qu'on soit séparés et j'ai savouré le peau à peau avec mon fils. Son odeur de bébé était la même que sa sœur, c'était tellement bon. Sa peau toute molle sous mes doigts, son père qui le caresse, soulagé et heureux lui aussi que le travail soit enfin terminé. Bébé ne réclame pas le sein et ne rampe pas pour le chercher donc je le laisse tranquille, ses yeux dans les miens.


Autour de nous c'est le silence. On me surveille un peu (j'ai une fâcheuse tendance à saigner donc on fait attention mais pas trop). On nous laisse tranquille dans notre océan de guimauve et d'amour et je me fais la réflexion que le placenta n'est pas encore sorti.
Ça ne m'inquiète pas plus que ça parce qu'il a mis du temps à sortir à chacun de mes accouchements. La sage-femme qui devait m'accoucher vient nous voir pour nous féliciter : elle a dû accoucher en urgence la patiente de sa collègue qui accouché en 15 minutes. Elles ont échangé leurs patientes. Nous en rions ensemble en attendant Monsieur Placenta. L'accouchement m'a épuisée et j'ai mal un peu partout mais j'essaie de bouger un peu pour qu'il sorte. Rien ne se passe. On me demande de pousser un peu, je pousse. Comme je suis assez chiante avec mon obsession du physio et du laisser faire la nature, je demande qu'on me laisse du temps, il va sortir je le sais.
On m'explique que ça commence à faire longtemps et qu'on ne peut pas attendre indéfiniment justement avec mon profil et mes antécédents hémorragiques. Alors je pousse... pour rien.
Je commence à fatiguer et je ne veux pas me concentrer avec bébé Tanguy dans mes bras. Je l'embrasse, je le respire encore et je le donne à son papa, qui l'emmène se faire peser, mesurer et examiner. Ils sont bientôt de retour et Chéri-Chéri le garde dans ses bras et s'installe en peau à peau en face de moi avec le bébé.

Ma gentille sage-femme m'explique qu'il va falloir appeler le médecin pour prendre une décision. Je sais bien ce que ça veut dire : ils vont vouloir aller le chercher et je sais très bien comment ça se passe parce que des histoires d'accouchement, j'en ai lues et entendues un paquet.
Le médecin nous confirme qu'il n'y a plus de contractions pour faire sortir le placenta, que j'ai déjà perdu pas mal de sang donc qu'il faut sortir ce placenta et vite. J'ai les larmes qui me monte aux yeux parce que je ne veux plus qu'on me touche et j'ai très peur d'avoir mal puisque je n'ai pas de péridurale. Et là, première nouvelle : "on va vous en poser une Madame de péridurale, et même mieux, une rachi-anesthésie !"
Je souris et je dis au médecin que je n'en ai jamais voulu par conviction et par peur, que j'ai peur de l'aiguille, de ne plus sentir mes jambes... Mais je comprends vite que si j'ai pu supporter des heures de travail douloureux, je ne suis pas sure d'être prête à subir une main qui farfouille dans mon utérus.

On appelle un anesthésiste qui arrive rapidement. Tout le monde se parle à voix basse et ça me fait bien paniquer. Chéri-Chéri câline toujours notre fils et je croise son regard inquiet. Il y a du sang par terre, il y a du sang sur le lit mais toujours pas de placenta.
Je me place sur le côté pour l'anesthésie. Je fais des blagues pour me rassurer : "est-ce que je vais mourir ?" "Dites, essayez de ne pas me paralyser hein ?". L'anesthésiste m'explique tout ce qu'il va faire, tout ce qu'il fait et pourquoi il le fait. On lit beaucoup de chose sur l'hôpital et sur l'accouchement à l'hôpital, quand ça se passe bien il faut le dire. Cet anesthésiste a été très humain, il a su m'informer très simplement vu mon degré de fatigue. De toute façon je suis comme ça depuis 14 ans et ma première opération du pied en 2005 : je ne laisse aucun soignant me touchant si on ne m'explique pas et je suis pire pour mes enfants.
Le gentil (et mignon) anesthésiste a une Méchante Infirmière Anesthésiste. Elle se met au niveau de ma tête, me prend la main me demande de ne pas bouger. Je sens l'aiguille qui arrive et je bouge très légèrement. La Méchante Infirmière me demande fermement de ne pas bouger en me disant que c'st dangereux (ce que je sais mais c'est plus fort que moi !). Je sens l'aiguille et puis juste après je sens le liquide qui arrive dans mon dos, je me crispe, et il repart dans l'aiguille.
Derrière moi l'anesthésiste a une voix super douce : "essayez de vous détendre, je sais c'est facile a dire mais le produit ne se diffuse pas si vous vous tendez". La méchante, elle, m'engueule carrément parce que je serre ses doigts. Elle m'énerve et j'ai envie de la frapper. Elle m'empêche de voir Chéri-Chéri et mon bébé, je ne peux pas me focaliser sur eux. L'aiguille, le produit, tout me fait mal et m'énerve. Je ne suis pas bien sur le côté, ça ne fonctionne pas alors on me demande de m'asseoir.
J'ai mal partout, je n'ai pas envie de m'asseoir et ils sont plusieurs à m'aider à me redresser. On me pique, le produit se diffuse et c'est désagréable. Je sens encore mes jambes, je m'allonge à nouveau, puis on me rassoit. Et là je ne sens plus rien, plus de jambes, plus de bassin, plus de frifri endolori... Je déteste la sensation, je déteste le cathéter dans mon dos, je déteste tout et j'ai envie de pleurer. Ma tête commence à tourner sérieusement et je dis à l'anesthésiste "je sens que je pars là". Il me répond que c'est normal, que j'ai la tension au plus bas, 7/9. Je vois tout trouble, je sens que je pourrais m'endormir. Je vois ma si gentille sage-femme enfiler le gant le plus long que j'aie jamais vus.

Je ne sais pas ce qui s'est passé mais je pense que c'est le fait d'avoir bougé, assise, allongée, assise, allongée... mais le placenta sort TOUT SEUL. La sage-femme ne m'a pas touchée. Une anesthésie pour rien, c'est ce que je me dis sur le moment. Il est sorti, avec le petit bruit spongieux (et dégueulasse) que je connais bien et beaucoup de sang. Je suis toujours au ras des pâquerettes niveau tension donc je ne réalise pas vraiment. Je remarque juste que j'ai les fesses encore trempées de je ne sais quoi et que je ne suis pas bien comme ça toute mouillée.
On me nettoie, je me laisse faire. Le gentil anesthésiste m'explique tout ce qu'il fait : on m'injecte des trucs pour faire remonter la tension. Chéri-Chéri est tendu comme jamais, toujours le bébé dans les bras. Et moi j'en ai marre, j'ai envie d'être propre et sèche et donner la tétée à ce petit bébé qui ne fait pas un bruit.
Il y a trois sages-femmes pour examiner mon gros placenta sous toutes les coutures et pour compter combien de sang j'ai perdu. On me dit que tout va bien, nickel, y'a pas tant de sang que ça (en vérité c'était la scène de crime dans cette salle mais on nous l'a dit plus tard).
Je ne sens pas mes jambes, ni mon bassin et comme j'étais sous perfusion, il faut que j'urine. Evidemment je n'y arrive pas et je vois arriver la sonde. J'ai horreur de ça mais cette fois je n'ai pas le choix. C'est la seule chose bien dans cette anesthésie : je ne sens pas la sonde.

Comme pour chacun de mes enfants, j'ai besoin d'un unique petit point de suture et enfin, un bon nettoyage. J'ai mal partout mais mon petit est enfin de retour dans mes bras. Je lui donne le sein, enfin, il le prend doucement.
Nous restons encore tous les trois en oubliant le reste et les petites fourmis qui s'activent encore : l'anesthésiste qui repart avec son matériel après avoir fait remonter ma tension, les sages-femmes qui nettoient tout et qui s’arrêtent parfois pour nous regarder. Je suis complètement vidée mais heureuse et je continue de faire des blagues en leur disant qu'elles peuvent être franches : notre bébé est bien le plus beau non ?

Après l'effort ❤
Epilogue : J'ai détesté la rachi-anesthésie et ses suites. J'ai eu mal à la tête, mal au dos et des décharges dans toute la colonne vertébrale pendant plusieurs semaines. J'ai détesté la sensation du produit dans mon dos, l'aiguille... C'était exactement comme je l'imaginais et je sais aujourd'hui pourquoi je n'ai jamais voulu de ce type d'anesthésie. Attention ça n'est pas une critique, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ! Mais bon, les aiguilles dans le dos c'est vraiment pas pour moi, je garde mes contractions !

NB : J'avais ce besoin de partager cet épisode aussi. En aucun cas je ne regrette d'avoir accouché à l'hôpital, dans cette hôpital (j'ai accouché à Villeneuve Saint Georges). 
Depuis la naissance de ma Boubou il y a 8 ans (qui a souffert in utéro), je sais la chance que j'ai, que nous avons d'avoir un pays avec ce système hospitalier (qu'il faut défendre !).
J'ai vu "mon" hôpital à la télévision dans Baby Boom récemment et il ne reflète pas du tout mon vécu. Je ne suis pas restée allongée des heures, je n'ai pas poussé en bloquant ma respiration, le menton rentré dans la poitrine. D'où l'importance d'être bien préparée pour être acteurs (avec le papa) de son accouchement (si on le souhaite évidemment).

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1 commentaires

  1. J'imagine comme ça a du être l'ascenseur émotionnel entre la joie de la naissance et l'angoisse de ce placenta qui ne sortait pas... heureusement que tout finit bien (malgré cette anesthésie dont tu te serais bien passée, ce que je comprends totalement). Profite bien de ton bébé tout chaud.. <3

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