C'est le même père ?

24 juin

"Ils n'ont pas tous le même nom de famille...! C'est le même père ?"

C'est la question que je redoute depuis 2011 (naissance de Boubou) et la question qui m'agace depuis 2017 (la naissance de Petite Fleur). J'ai une famille recomposée, décomposée, recomposée. Les gens disent atypique. Atypique, c'est l'adjectif qu'on donne aux maisons biscornues pour éviter de dire qu'elles sont moches et biscornues. 

Aujourd'hui les familles recomposées c'est monnaie courante. Tu te maries (ou pas), tu fais un enfant (ou deux ou trois), tu te sépares et parfois tu refais ta vie et tu refais un bébé (ou deux ou trois).
Moi j'ai été une très jeune maman, maman solo pendant 6 ans puis mariée et à nouveau maman. Deux bras, deux enfants, deux noms de famille. Et puis la vie a fait son boulot, avec son lot de surprises. Je lui avais dit à la vie "terminé, plus personne, juste mes enfants", c'est trop dur, trop compliqué et je ne suis sans doute pas faite pour ça.
Et puis j'ai vu une paire de lunettes, des yeux verts, des petits pulls à col en V et sa timidité tellement touchante. J'ai dit à la vie que non, il a 4 ans de moins que moi, pas d'enfants et moi j'en ai deux, avec deux noms différents et j'ai surtout pas envie d'expliquer à une nouvelle belle-famille que oui, voilà, ce Grand-là je l'ai eu très jeune et puis je me suis mariée et puis j'ai eu cette jolie Boubou-là blablabla...
Et surtout cet homme-là voulait des enfants, au moins un. Ça voulait dire un troisième enfant pour moi et un troisième nom de famille. Un troisième livret de famille aussi. Et encore, toujours plus de choses à expliquer. 
Je n'ai pas honte de ma famille. Mais j'ai parfois une petite gêne pour en parler. Il m'arrive souvent, malgré moi ou exprès, de ne pas préciser que le Grand et Boubou n'ont pas le même papa. Ça m'arrange bien, ça fait "normal". Elle avait deux enfants, elle s'est séparée et elle en a eu deux autres. C'est plus propre, dans mon cœur et dans ma bouche je trouve ça plus simple.
Parfois, je fais une abstraction totale de ce détail. C'est ma vie. Avec des enfants qui partent en week-end, en vacances avec leurS papaS. Et parfois, ça me remet une claque comme un boomerang.

Quand je suis tombée enceinte de bébé Tanguy, la sage-femme de l'hôpital a repris mon dossier (bien épais avec toutes mes grossesses et leurs soucis tous différents). Avec son stylo rouge elle a fait une belle accolade au-dessus de chaque prénom et année de naissance de mes enfants : père n°1, père n°2, père n°3. Ces accolades je les ai prises en pleine face. Ça n'était pas méchant et elle ne l'a pas fait pour me mettre mal à l'aise. Mais je me suis sentie comme dans le livre "Tistou les pouces verts" : pas comme tout le monde. J'avais une petite boule dans la gorge et un peu de mal à ne pas pleurer.

Il y a eu aussi cette fois où Belle-Maman s'interrogeait sur la couleur des yeux et de la peau de Petite Fleur (comme si c'était important...). "Et tes anciens compagnons, ils étaient comment ?"
Comment dire ? Je me suis sentie comme une collectionneuse de mecs et d'enfants. La nana qui fait des gamins avec tous les types qu'elles croisent histoire d'avoir un camaïeu de couleurs entre le blancs et le capuccino. Là encore, ça n'était pas demandé méchamment. Mais ça fait un petit pincement quand même. Même si c'est ainsi et que ça ne changera pas. 

Chéri-Chéri lui, il s'en fout. Dès lors qu'il a décidé de s'engager avec moi et mes enfants, c'est comme si c'était un détail. J'étais noire, antillaise, drôle, j'avais une voiture grise, j'aimais lire et j'avais deux enfants de deux pères différents. Il m'a aimée comme j'étais avec tout ce que j'avais. Il sait où sont rangés mes trois livrets de famille et ça ne le traumatise pas puisque l'un des trois est aussi à lui.
Là où je me suis longtemps vue comme une cas soc' (quelle vilaine expression), lui ne voyait qu'une mère de famille (et une femme aussi hein !).

Je crois qu'il restera toujours en moi cette petite gêne. Je l'accepte et j'ai cessé de lutter contre elle.  Mes enfants le vivent bien, alors je me dois de bien le vivre moi aussi. Dans notre famille il n'y a pas de demi-frères et de demi-soeurs. Il y aura toujours aussi ce petit pincement quand je vois, quand je lis, des couples très unis que rien n'a fait plier, que rien n'a brisé. J'ai 37 ans aujourd'hui, je me dis qu'il est temps d'accepter les tournants que la vie m'a fait prendre. Peut-être aurais-je pu faire autrement, peut-être que certains choix auraient pu être différents, que certaines luttes auraient pu être plus longues...
Mais y'aurait-il eu un Grand, une Boubou, une Petite Fleur et un Tanguy ? Sans doute pas, pas comme ça, pas comme eux. Leurs naissances et leurs papas a fortiori, ont fait de moi celle que je suis aujourd'hui.

Mes 4 fantastiques. Leur maman c'est moi.

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5 commentaires

  1. Merci pour ce magnifique texte que j ai découvert par hasard mais qui ressemble tellement à ce que je vis,ce que j ai vécu, je ressens la même chose. J ai eu à quelques chose près la même expérience, j ai une grande de 19 ans, que j ai eu jeune à 22 ans, longtemps en solo, puis ma Cacahuète L Amour (12 ans) en me mariant mais vraiment pas avec la bonne personne et à 40 ans, j ai eu la chance d avoir un petit garçon (de 14 mois) qui est, lui devenu l homme de ma vie
    Cette situation est loin d'être évidente et les à-prioris des gens m exasperent, le fait de passer pour une cas soc.juste pour des noms de familles différents , sans que l on essait de voir que ce n est pas le cas et de ne pas comprendre que la vie n est pas toujours un long fleuve tranquille pour tout le monde
    Je vous souhaite plein de bonheur à venir
    Encore merci

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    1. Merci pour votre commentaire. J'ai reçu des témoignages mais personne n'ose commenter. Il est temps de libérer la parole et les tabous. Nos familles sont ainsi, elles sont belles et c'est bien le principal.

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  2. Poulette Dodue30 juin 2019 à 11:50

    Ta tribu c'est toi ! les rencontres, les timmming...Crois tu ma Nanette que les familles dites "classique" vs celles dites "atypiques" soient plus heureuses ? Alors oui, on ne peut gommer le sentiment qui arrive avec les questions relous et les noms différents...Je suis issue d'une fratrie dite recomposée et crois moi pour ma génération mes sœurs (on ne connait pas les 1/2 non plus) et moi étions un peu ovni . Nous sommes proches les frangines, nos mamans sont proches et on est bien comme ça !
    Ta tribu est magnifique !

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  3. Merci,:-) bonne continuation.

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  4. Si je suis là à vous lire c'est que je viens d'avoir 40 ans et je suis maman de mes 2 merveilles de 16 et 5 ans...et qu'aujourd'hui se pose LA question d'un petit dernier avec l'Homme de ma vie! Un 3ème enfant, né d'un 3ème père différent...et qui plus est à 40 ans pour moi et 47 pour mon chéri! Et là......biiiiiiiiim tu entends tout et n'importe quoi!! Je suis instable, égoiste, irresponsable.... Mouais mais en attendant mes enfants sont heureux, équilibrés, réussissent leur vie...la mienne est épanouie, nous ne manquons de rien tant nous sommes riches de l'Amour qui nous soude tous...nous sommes certainement bien plus heureux que certains couples et familles qui survivent depuis 20 ans entre mensonges, non-dits et regrets!
    Donc mille mercis pour ce blog et ses commentaires! Oui nous sommes des mamans peut-être différentes mais nous en sommes fières car nous avons le courage d'aller au-délà des difficultés et des préjugés pour aller chercher notre Bonheur, pendant que d'autres s'enterrent années après années dans leur vie morose et grise, sans même réaliser qu'ils passent à côté de l'essentiel par pur conformisme.Personne n 'a dit que la vie était facile mais moi en tout cas je me bats chaque jour car j'ai choisi d'être heureuse et j'ai choisi que mes enfants le soient aussi.

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